Extrait des « entretiens de Saïgon » (Dr Truong Thin et Dr Daniel Laurent)

Il y a donc bien un Tao de la médecine, et de ce fait, le praticien engagé dans cette « Voie » est un humain relié au Ciel, et qui permet à celui qui est en souffrance et qui le sollicite, de retrouver sa liaison au Ciel. Fidèle à sa vertu de praticien, il est selon l’expression chère au docteur TRUONG Thin, une sorte de « moine laïc inséré dans la vie normale ».

D’ailleurs les gens ont tendance à respecter les médecins conventionnels comme détenteur d’une autorité supérieure. Cela provient du fait que dans l’antiquité fondatrice de notre culture occidentale (qu’il s’agisse des pensées grecque, juive ou celte), le prêtre était aussi médecin. Cette à priori confiance est inscrite dans l’inconscient archétypal. Même si à notre époque elle est mise à rude épreuve et contestée (principalement d’ailleurs par la concurrence des praticiens non conventionnels), le fait demeure.

En tout cas, cette confiance stimule la fabrication des endo- médicaments.

D’un autre côté la vertu (tö) du médecin , qui est à minima sa responsabilité, devient aussi source de stimulation des endo- médicaments.

La conjugaison de la confiance du malade et de la vertu du praticien fait que l’efficacité d’un médicament (endo ou exo) est multipliée.

Par contre, si l’on n’a pas confiance, le corps, par le phénomène de rejet, perturbe son propre métabolisme et ainsi devient source de toxines.

Bref, la confiance est une base importante d’endo- médicaments. Et c’est ainsi que certaines personnes, qui sont atteintes de maladie grave, voient leur état s’améliorer et même guérissent, car ils ont trouvé le praticien adéquat.

Pour revenir à l’exo- médicament (chimique ou naturel) dont on dit qu’il est placebo, souvenons-nous que placebo signifie étymologiquement « plaire », et un médicament ordonné par un médecin en qui l’on a confiance, plait forcément. L’action réelle du placebo n’est donc pas tant dans le médicament lui-même, aussi plaisant soit-il dans sa présentation, que dans la confiance en celui qui le prescrit.

Selon le principe de la Grande Triade de la Tradition (Ciel, Terre, Homme) nous dirons que par-dessus tout, Tao est l’union de l’homme avec la nature , puisque la nature est à la fois le Ciel et la Terre. Cette communion avec la nature nous fait saisir qu’au-delà de la force individuelle, il y a celle de la nature, car l’être humain à l’instar des autres êtres vivants, n’est pas séparé de la nature. Il en est même partie intégrante et intégrée.

« Une goutte d’eau paraît insignifiante, disait le Dr TRUONG Thin, mais quand elle rejoint l’océan, elle devient l’océan ». La force de l’homme est celle de la goutte d’eau, c’est-à-dire du Ciel et de la Terre.

Et si l’on sépare l’homme de la nature, il devient faible et fragile.

C’est pourquoi la médecine, si elle veut se revendiquer du Tao, doit unir l’homme à la nature, Ciel et Terre.

Un praticien qui s’inscrit dans la grande triade (Ciel, Terre Homme), est conscient de sa mission. Il est simple, modeste et de ce fait fidèle à la Tradition. Il ne désire pas se prendre pour Dieu, il ne cherche à remplacer ni la nature ni les capacités d’auto- guérison de l’homme. Il sait d’ailleurs qu’il n’en a pas le pouvoir. Il se base simplement sur la connaissance des clés que sont le Qi, le Yin-Yang et les Wu Xing (cinq éléments) pour agir dans le sens de la vie.

Le médecin « éveillé » ne traite pas les maladies. Il ne le peut. Il aide simplement le malade à se mettre en condition pour se traiter lui-même. Il peut faciliter les choses devenir un enseignant pour le malade afin que la force vitale de la nature puisse travailler en paix.

C’est pourquoi il existe bien deux écoles.

– L’école traditionnelle, elle-même divisée en deux

* Selon Lao Ze , il ne faut rien faire et tout se résout. En effet il est parfois urgent de ne pas intervenir directement sinon en soutenant le malade, afin que la nature résolve elle-même les problèmes. C’est le même point de vue que les hygiénistes.

* Selon les textes médicaux canoniques, le médecin qui privilégie la prévention, et sait rester simple dans son diagnostic et son traitement quand ils sont nécessaires, possède l’art de faciliter et mobiliser les forces d’auto- guérison.

– l’école moderne. Elle accumule beaucoup de connaissances et cela devient complexe, avec des moyens de diagnostics sophistiqués. Les traitements se spécialisent. Elle aussi a beaucoup de bons résultats.

Mais vouloir distinguer entre une médecine qui serait élémentaire et populaire et une autre qui serait scientifique et complexe, serait une erreur. En effet la simplicité est souvent d’une efficacité révolutionnaire, et l’incompétence se cache parfois sous la complexité.

Rien n’empêche désormais les tenants des deux écoles, s’ils sont sincères et humbles, d’étudier la nature et l’homme à la lumière des deux pensées. Le médecin conventionnel découvrira que la pensée traditionnelle est aussi logique et cohérente que la pensée moderne dite scientifique.

C’est là une condition réaliste d’une médecine totale, et c’est la clé de la médecine de l’esprit.

La médecine de l’esprit, que certains appellent aussi la médecine de l’âme, unit ces pensées. Elle sait intégrer des existants nouveaux aux données de la Tradition.

Médecin ou tradipraticien ‘

Au Viet Nam, une telle question ne se pose pas. Il existe des médecin conventionnels, des médecins traditionnels et des tradipraticiens qui ne sont pas médecins. Mais tous collaborent dans le Tao de la médecine. Alors nous les nommerons sous l’appellation générique de praticiens de santé.

Et selon le docteur TRUONG Thin, « c’est d’abord cela qu’il faut enseigner aux médecins conventionnels eux-mêmes ».

Conclusion

Nous avons proposé 6 concepts, 6 valeurs naturelles de base.

– Humanisme

– Tao

– Science médicale

– Techniques médicales

– Médecine de l’âme (ou art médical)

– Éthique

Ce sont les fondements de toute médecine humaine.

C’est pourquoi on parle du chant de l’âme.