Réflexion sur la médecine
Extrait des
« entretiens de Saïgon »
Dr Truong Thin et
Dr Daniel Laurent
Préambule
La médecine conventionnelle dite « occidentale » et la médecine traditionnelle dite « orientale », sont toutes les deux basées sur l’humanisme, doctrine qui met la personne humaine au centre de ses préoccupations. L’hygiénisme et ses limites. Réalisme et pragmatisme.
La science de l’univers et la science médicale ont le même modèle qui s’exprime par le Qi, le Yin-Yang et les Wu Xing (cinq éléments).
Pour les pratiques de santé, comme pour toutes les activités humaines, il existe un Tao. Tao fait référence au Tao Tö King, le livre (king) de la voie (tao) et de la vertu (Tö).
Les deux médecines ne traitent pas seulement des maladies, mais des malades, c’est là le rapport avec la psychosomatique et la médecine de l’âme.
L’Homme et la Santé
La médecine conventionnelle dite « occidentale » et la médecine traditionnelle dite « orientale », sont toutes les deux basées sur l’humanisme, doctrine qui met la personne humaine au centre de ses préoccupations.
Humanisme parce que le but ultime de la médecine est bien l’homme. Et si pour quelques uns la pratique médicale est un moyen de pouvoir sur l’homme, la plupart des praticiens ont le bien-être de l’Homme comme préoccupation première.
Certains vont plus loin dans leur désir de centrer la médecine sur l’homme et affirment que chacun est son propre médecin. C’est le courant hygiéniste en Occident connu par les travaux de l’étasunien Shelton et de son disciple français Mosseri. Pour les tenants de cet humanisme, observer l’animal (mais pas en laboratoire !) doit déjà nous instruire. Assister simplement à la mise bas d’une chatte, permet de constater qu’elle est une véritable obstétricienne compétente ! Bref, ici chaque personne est considérée comme étant son unique et véritable laboratoire, géant par la production, miniaturisé par l’espace occupé, produisant ses propres endo- médicaments, même pour les maladies réputées difficiles à traiter. L’homme est donc non seulement son propre médecin, mais en plus il est source de ses propres médicaments. Ces médicaments du corps, ces endo- médicaments existent depuis le début de l’existence de l’Homme.
Pour les tenants purs et durs de la théorie hygiéniste, le principe d’intervention médicale, qu’il s’agisse de médecine conventionnelle ou de médecine naturelle, est en soi une ineptie. Les hygiénistes pensent qu’il n’y a rien d’autre à faire que de laisser agir la nature. Jeûne, repos, grand air, alimentation saine, hygiène générale, exercices et cetera sont suffisants au maintien et au retour à la santé.
La limite de cette théorie hygiéniste est éthique : ce serait accepter une farouche sélection naturelle, ne rien entreprendre chirurgicalement, laisser souffrir « en attendant que le corps se débrouille », bref une attitude inimaginable à l’homme civilisé. Son intérêt par contre est de nous rappeler l’importance des ressources naturelles de la personne, et nous encourager à les respecter avant toute autre chose.
Soyons réalistes.
D’un côté la science médicale moderne depuis une centaine d’année a commencé à comprendre la nature, la structure et la valeur intrinsèque des endo- médicaments. Elle les imite ensuite en synthétisant, produisant des médicaments artificiels, des exo- médicaments: cortisone, testostérone, ‘strogène, progestérone, adrénaline, insuline, thyroxine, endorphines et cetera. Ils paraissent semblables, mais ils ne le sont pas puisqu’ils produisent de nombreux effets secondaires. C’est tout simplement que les médicaments fabriqués sont inorganiques, tandis que les endo- médicaments sont organiques. Cette notion est difficile à accepter pour le chimiste qui ne fait pas la différence entre la vitamine de synthèse et la vitamine naturelle. La science médicale moderne copie certes, mais pas à pas, sans réelle vue d’ensemble. Elle est comme la tortue qui découvre salade après salade, sans avoir connaissance de l’étendue du jardin où elle se trouve.
D’un autre côté, La nature nous donne la source des véritables médicaments. Et s’il est vrai qu’aujourd’hui on fabrique beaucoup de médicaments, on en change aussi souvent ‘ Tandis que ceux de la nature ont une longévité de millions d’années ! Aujourd’hui par exemple, on considère que l’homme est source d’antibiotiques (en l’occurrence il faudrait plutôt dire de « pro biotiques ») par ses ressources immunitaires, qu’il vit en symbiose avec des bactéries utiles à la fabrication de vitamines, et que les bactéries doivent cesser d’être perçues comme les ennemis absolus. Demain les virus eux-mêmes seront, peut-être considérés comme des organites cellulaires seulement dangereux dans des cas de baisse immunitaire, et de toute façon utiles pour l’élimination des toxines ‘ Quoi qu’il en soit, nous pouvons affirmer que chacune des billions de cellules vivantes possède les connaissances millénaires de la vie. C’est autre chose que les connaissances récentes accumulées depuis quelques dizaines d’années par les meilleurs professeurs d’université. De ce point de vue, nous pouvons être d’accord avec les hygiénistes.
Mais soyons aussi pragmatiques.
Malgré toute ressemblance de formule, nous devons donc bien distinguer entre
– d’une part les endo- médicaments
– et d’autre part les exo- médicaments.
De cette distinction naissent deux écoles de médecine.
– la médecine des endo -médicaments est la médecine naturelle
– la médecine des exo- médicaments est la médecine chimique.
La médecine naturelle basée sur les endo- médicaments a pour but d’éveiller et stimuler le corps pour que celui-ci fabrique correctement (en qualité et quantité) ses propres endo- médicaments.
Tandis que la médecine chimique veut suppléer l’homme et la nature et fournir les exo- médicaments. Malheureusement, agissant ainsi, le corps devient de plus en plus faible. Pourtant les exo- médicaments sont parfois nécessaires, particulièrement lorsque l’organisme perd complètement sa capacité à fabriquer l’un des endo- médicaments. C’est ce qui arrive lorsque les îlots de Langerhans du pancréas sont détruits, ou après l’ablation de la thyroïde. Pour compenser, il faut alors une béquille.
Certes, si la perte de la capacité définitive à un endo- médicament est conséquente à une absence ou à de mauvais conseils de santé, ou à des traitements inappropriés, il faut s’interroger sur les dangers d’une telle pratique médicale. Mais un autre point de vue est aussi à considérer, et non des moindres : il existe des cas congénitaux, des cas accidentels, des blocages métaboliques graves, parfois brutaux, qui empêchent la production d’un endo- médicament et mettent la vie en danger immédiat. C’est alors le rôle de la médecine interventionniste d’y suppléer. C’est là particulièrement la valeur de la médecine moderne, et c’est aussi de l’humanisme !
Il n’empêche que nous devons toujours rester vigilants, et par principe nous interroger sur les causes de ces absences de fabrication d’endo- médicaments, et voir s’il ne serait pas possible dans bien des cas de ne pas recourir systématiquement à la définitive dépendance à un exo- médicament, sous prétexte de risque vital. Car derrière les attitudes extrémistes peut se cacher la peur, mauvaise conseillère.
Et nous ne devons pas non plus négliger comme facteurs de maladie les désynchronisations physiologiques dues aux pollutions diverses (atmosphériques, magnétiques, psychiques et cetera), à une alimentation carencée, excessive ou mal conduite, au non-respect d’une loi vitale ou d’un facteur naturel de santé. Nous devons aussi reconsidérer notre vision des bactéries et des virus et cesser de les considérer comme source quasi unique de tous nos maux nous souvenant que c’est le terrain qui induit leur pathologie. La médecine rejoint là le social et même le politique dans la mesure où la politique est l’art de gouverner (c’est-à-dire de prévoir), et que nombre de ces pollutions résultent de la cécité de gouvernants plus axé sur le pouvoir que sur l’intérêt réel des populations qu’ils sont censés servir.
La cécité des gouvernants et les divers corporatismes font qu’aujourd’hui les exigences économiques limitent le temps de consultation et les praticiens qui veulent conserver leur statut financier doivent privilégier le traitement des maladies car ils n’ont pas assez de temps pour soigner les malades.
Sans compter les diverses campagnes dites de santé mais qui masquent parfois des préoccupations financières. C’est le cas du dépistage du cancer, quand sous prétexte de « protocoles », on oublie le malade. Bref, on constate que plus les malades dépistés sont nombreux, moins on les soigne en tant que tels.
Selon le docteur TRUONG Thin, « la fierté dans le domaine scientifique et les exigences économiques, font qu’on veut remplacer la nature. Et nous sommes aujourd’hui punis. Plus nous avons formé de médecins et plus le nombre de malades a augmenté. Plus on a de médicaments et plus on a d’effets secondaires. Il faut donc revenir à des exigences humanistes ».
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